Hors du flou collectif
- Kim Leleux

- 31 mai
- 2 min de lecture

J’ai l’impression d’être en dehors du flou collectif.
Des mémoires corporelles se réactivent. Elles me traversent, me secouent, provoquent des tremblements. Quelque chose en moi se remet à demander : pourquoi pas moi ? Pourquoi pas vers moi ? Pourquoi pas ma présence ?
Ils ne me choisissent pas. Elles ne me choisissent pas. Et, dans cet endroit-là, parfois, je ne me choisis plus non plus.
Alors est-ce que cela veut dire que je ne suis pas la personne vers qui l’on se tourne ? Que je ne suis pas assez ? Pas assez lisible, pas assez évidente, pas assez aimable, pas assez là ?
J’ai l’impression que tout le reste de cette punaise de vie, je vais le passer à transformer. Ou pire : à essayer d’être suffisante.
Mais suffisante pour qui ?
Aucune validation ne répare vraiment une blessure d’appartenance ancienne. Elle peut calmer quelques minutes, donner l’illusion d’une place, mais elle ne reconstruit pas le sol. Elle ne rejoint pas la jeune femme restée seule dans l’image.
Je me sens continuellement décalée, et cela me pèse comme une pierre dans le cœur. Ou comme si, esseulée sur un rocher au milieu de l’océan, je me démerde pour ne pas glisser.
Il ne faut pas glisser.
Ne jamais glisser.
Il ne faut pas tomber.
Ne tombe pas.
Tu ne pourras jamais te relever.
Et pourtant, il faudrait peut-être autre chose que tenir. Il faudrait construire une passerelle. Non pas pour rejoindre les autres à tout prix, non pas pour mendier une place dans leur monde, mais pour rejoindre mon île. Mon propre territoire. Ce lieu en moi qui n’a pas besoin d’être choisi pour exister.
Au creux de ma mémoire d’humiliation, je chante la honte. Je lui laisse sa juste place dans l’existence. Ni toute la scène, ni les coulisses interdites.
Juste sa place.
Sans continuer à payer l’addition d’une appartenance si chère, si fragile, si éphémère.





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